Ce matin
Ce matin, tu n’étais pas ma première pensée.
La journée s’est passée sans attendre un message, sans compter les heures. Ma respiration, enfin, s’est faite plus profonde.
Je ne savais pas pourquoi tu n’étais plus là. Alors j’ai attendu. Pas une explication.
L’espoir d’une erreur, d’un accident qu’on oublierait vite. Me dire chaque soir que demain nous reprendrions l’histoire là où elle s’était arrêtée.
Le manque n’était supportable qu’à condition d’être temporaire. Mon corps, épuisé d’insomnie, a repris le dessus avant même que mon esprit le comprenne.
Il fallait respirer à nouveau.
Il n’a pas fallu un autre amour. Rien ni personne n’aurait pu me bousculer autant que toi, et donc t’effacer.
Je n’ai pas oublié les jours avec toi. Pas encore dans le brouillard que le temps posera sur l’oubli. Vivaces, encore.
J’aimais ta voix. J’en garde quelques minutes dans mon téléphone, pas encore effacées, comme ton souvenir.
Les photos ne te rendent pas justice. Elles ne disent pas comment tu semblais prendre la lumière d’une pièce en entrant. On ne voit pas ce que je distinguais quand ta silhouette apparaissait au bout de la rue.
La fierté que j’avais quand tu avançais vers moi, ton sourire de gamin, tes grandes enjambées, tes cheveux jamais sages.
Tu ne voulais pas voir les photos que je prenais de toi. Des instantanés de dos, ou dans la cuisine, des postures improbables. Je cherchais à garder le moment, pas ton visage. Tu l’avais compris, alors tu me laissais faire.
La façon dont tu me prenais la main pour marcher dans la ville déserte. Une assurance dès le premier jour que tu ne me laisserais pas me perdre.
Je ne pensais pas que tu la lâcherais si vite, tant elle semblait tenir parfaitement dans la tienne.
Du moment où tu es entré dans ma vie, je n’avais plus envie que tu en sortes. Je ne t’ai pas vu partir.
C’est dans le silence de l’attente que j’ai compris. Ce matin, enfin, je sais que rien ne sera plus comme avant.