Une bouteille à la mer

Je t’écris sans savoir si tu me liras, ni même si je suis encore autorisée à exister quelque part dans ta boîte aux lettres, après avoir disparu de ta vie.

Je suis celle que tu as aimée de travers, celle qui a cru à tes « pardon » sans lendemain. Celle qui a appris trop tard que les mots peuvent sonner juste et rester vides.

Avec le temps, j’ai cessé de t’en vouloir. Pas parce que tout est réparé;  simplement parce que la colère fatigue. Et pourtant, nous ne nous parlons plus.

Tu ne veux plus m’entendre, mais tu me lis peut-être.

Si tu lis ce que j’ écris pour d’autres, pour des inconnus,  tu repenseras au temps où tu croyais être le seul à lire entre mes lignes. Ça me touchait plus que je ne l’admettais. Je ne savais pas quoi faire de ce que tu me donnais à moitié, et aujourd’hui je me demande qui est celle qui te reçoit en entier.
La femme qui te fait rire sans craindre le lendemain. Celle qui te rassure, qui te croit peut-être.

Avant que tu ne m’effaces, j’avais une place dans ta vie, comme tu en avais une dans la mienne.
Pas la même, sans doute. Pas aussi évidente. Mais elle existait. Personne ne l’a vraiment prise depuis. C’était un regard posé sur moi, même de loin. Aujourd’hui, c’est une place laissée dans l’ombre.

Tout ce que nous avons vécu ensemble, nous ne l’avons jamais vraiment montré. Tout ce que nous avons vécu séparément, nous ne nous l’avons jamais raconté. Et pourtant, tu comptais.
Ce n’était peut-être pas de l’amour , mais c’était nous.

Nos moments suspendus, nos allers-retours, nos musiques, nos messages qui faisaient tenir les jours. Je ne me suis jamais lassée de toi. J’attendais que tu reviennes différent, apaisé, prêt. Mes absences non plus ne duraient jamais. Rien ne durait vraiment, sauf cette histoire : bancale, confuse, persistante. Elle s’est terminée sans que je m’en rende compte.

Je ne t’écris plus, j’écris à qui veut me lire. Je n’ai rien à proposer qui ne soit une reprise, une répétition, un risque inutile. Rien n’a changé assez pour que ça vaille la peine. Pour moi, il est trop tard. Pour nous deux aussi.

Pour toi, peut-être pas. Tu peux encore croire. Tu peux encore guérir.

Puisque tu n’aimais pas les formules toutes faites, je t’épargnerai les « tu mérites mieux » et les « prends soin de toi ». Tu détestais ça.

Tu aurais préféré que je t’embrasse, et que je me taise.
Alors je me tais. Je t’embrasse.

P.S. : Je n’attends pas de réponse. C’était juste une bouteille à la mer

Publications similaires

  • La même seconde

    Être dans les bras d’un homme et penser à toi. Je me déteste pendant cette seconde, juste avant que cela ne disparaisse. J’ai presque oublié ton visage mais pas ce que je ressentais en le regardant. Mon corps n’a plus la mémoire du tien mais il sait encore qu’il suffisait de ton souffle pour l’emporter….

  • À la première note

    Il y a des chansons que je ne peux plus approcher. Je les contourne comme on contourne une rue trop étroite, trop empreinte de ce qui n’existe plus, où l’on sait qu’un seul pas pourrait suffire à tout faire basculer. Et pourtant, parfois, dans un café, dans une voiture, ou au milieu d’une boutique innocente……

  • Je ne viendrai pas

    Je ne viendrai pas au rendez-vous. Ni ce soir, ni un autre jour.Ce n’est pas une fuite. C’est un aveu. Je ne pars pas loin. Je pars simplement hors de ce que tu attends de moi. Hors de cette place que je n’ai jamais vraiment réussi à occuper sans me perdre un peu. Je n’ai…

  • L’appartement

    Je suis passée devant l’immeuble où tu ne vis plus. Je me suis assise dans le square que l’on voit depuis le balcon, là-haut, où tu posais une chaise au soleil du matin. J’ai vu une femme passer la porte du hall.Je ne l’ai pas suivie pour voir ton nom sur la boîte aux lettres….

  • La mauvaise route

    Je me suis perdue sur une route que je ne connaissais pas. Perdue dans mes pensées, j’ai raté une sortie, ou pris à gauche au lieu de prendre à droite, je ne sais plus. Je sais seulement qu’à un moment le paysage m’a semblé familier, et que je ne me suis pas demandé pourquoi. Il…

  • Chambre 32

    Prendre un train pour toi.Pas pour la ville, pas pour l’hôtel, pas pour le reste.Juste pour toi.Autant d’heures de trajet que de minutes volées, et qu’importe. Tu es déjà là quand j’arrive.La pluie m’accueille en rafale, retourne mon parapluie, trempe mes cheveux, brouille ma vue.Je presse le pas comme si chaque goutte me volait un…

Laisser un commentaire