L’appartement
Je suis passée devant l’immeuble où tu ne vis plus. Je me suis assise dans le square que l’on voit depuis le balcon, là-haut, où tu posais une chaise au soleil du matin. J’ai vu une femme passer la porte du hall.
Je ne l’ai pas suivie pour voir ton nom sur la boîte aux lettres. Il n’y est plus.
Mes pas m’ont amenée ici sans y réfléchir, depuis la gare, avant même d’aller où je devais. Tous les chemins mènent à nos souvenirs.
Évidemment, mon rendez-vous était en retard. Je me suis posée en terrasse sur la place.
Tu avais raison, c’est joli au printemps. Je crois que je n’étais venue qu’en hiver.
Je revois l’intérieur de l’appartement. La couleur des rideaux du salon, ton bureau plein de cartes postales et de souvenirs de tes voyages. Pas d’images de toi, pas de visages familiers, à part ceux de tes enfants, si jeunes, et toi absent de la photo.
Le parquet qui grinçait sous mes pieds, les livres d’art sur la table basse, et mes romans cachés dans un tiroir.
Ta chambre au bout du couloir, celle des courtes nuits et des discussions sans fin. Ton eau de toilette posée sur la vasque de la salle de bains, et toi qui chantes sous la douche.
Je me souviens de la lumière qui baignait la cuisine quand tu préparais mon café au petit matin. Je ne restais jamais longtemps. Tu m’accompagnais à la gare et je ne savais jamais quand je te reverrais.
Cet appartement était ma parenthèse, un lieu de passage dans ta ville comme dans ta vie. Il est devenu le rappel d’un temps suspendu. Je le regarde sans nostalgie, tout est encore très présent, comme un parfum qui persiste, comme ta main qui se pose sur ma joue, ainsi que tu le faisais avant de m’embrasser.
Presque des retrouvailles.
Tu n’habites plus ici.