Ces mots-là

Tu les lis, je crois. Ou alors j’aime penser que tu les lis. Ces mots d’avant.

Le matin peut-être, avant que la journée prenne toute la place. Ou le soir, ton téléphone posé sur la table de nuit, repris une fois, encore une fois.
Dans quel silence tu te retrouves, à cette heure-là. Si quelqu’un dort à côté de toi pendant que tu lis. Ce que ça fait, de lire des mots comme les miens quand elle respire à côté de toi. Est-ce que tu lis pour te souvenir ou pour imaginer ?
Les heures à se parler, les nuits à s’écrire. Ce que je t’écrirais ce soir, si tu étais encore là.

Moi je garde ta voix. Quelques images, floues comme elles le sont toutes après quelques mois. Pas tes mots, je n’arrive pas encore à les relire. Juste le son de toi, la façon dont tu riais de quelque chose, un visage saisi à contre-jour. C’est une drôle de façon de mesurer le temps, ce qu’il reste et ce qu’il emporte. Quelques mois, et déjà tu n’es plus qu’une voix dans un téléphone.

Je suis passée dans ta ville hier. Je ne suis pas sûre de savoir pourquoi je suis restée un peu. Il y avait un prétexte suffisant, et puis cette envie un peu floue de marcher dans des rues qui t’appartiennent sans que tu le saches.
Je me suis assise en terrasse, j’ai regardé les fontaines. Les gens passaient avec cette lenteur particulière, comme si le temps y était un peu plus épais sous le soleil de Mai.

J’ai pensé à toi, j’ai pensé à autre chose, je suis rentrée.

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