Avignon – 07h41

Le train de 07h41.

En hiver, j’arrive avant l’aube. En été, je quitte la lumière avant qu’elle ne soit trop forte. Entre les deux, 2h40 qui m’appartiennent vraiment, avant que la vie des autres ne me rattrape.

Je commande un café au bar, pas tant pour le café que pour traverser les wagons. Je guette machinalement une carrure, un dos, quelque chose dans le port de tête qui me serait encore familier. Je ne trouve pas. Je croise des sourires, je n’y réponds pas toujours. Ma bulle est fragile, pas les remparts derrière lesquels je me protège. Je relis des messages sans y répondre. Pour d’autres, je n’ai pas toujours les mots.

Tu as sûrement été dans ce train. Un autre jour. Ou tu y seras demain, quand je n’y serai plus. Plus souvent je pense que tu voyages en sens inverse, celui qui descend quand je monte, celui qui s’arrête avant le mien. Pour toutes les fois où je n’ai pas levé les yeux, où je craignais de te voir au lieu de te guetter. La peur du temps. Celui qu’on a perdu, celui qui nous reste, le temps d’un trajet seulement.

Les paysages que je connais par coeur défilent. La musique aussi, évidemment. Les chansons du moment en boucle. Et celles que j’évite, trop chargées, qui portent ton empreinte, ton prénom même. J’écris. Je rêve un peu. Je laisse les choses se poser avant de les saisir.
J’ai laissé une maison silencieuse. À Paris, quelqu’un sait que j’arrive. Pas celui que j’espérais croiser dans les wagons. Le prochain train, peut-être.

10h22. Paris.

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