De gare en gare

De train en train, toutes les gares se ressemblent. Tu n’es dans aucune.
Je t’ai connu si voyageur qu’à chaque voyage je pense te croiser. Mais je ne connais plus ta vie et le hasard n’est pas en ma faveur. Avant, tu étais partout. C’était presque une certitude de te deviner quelque part, dans un aéroport, une correspondance, un taxi filant vers une adresse que je ne connaissais pas.

Maintenant c’est moi qui ne fais que passer, dans cette ville ou une autre. Je ne peux pas t’imaginer immobile.

Je marche sûrement dans tes pas. Je m’assois dans un café de gare où tu viens peut-être de passer. Je regarde la tasse laissée sur la table d’à côté et je me dis, tiens, c’est peut-être la tienne.

Est-ce que je te reconnaîtrais ? Est-ce que tu lèverais les yeux à la bonne minute ?

À chaque départ, je traîne un peu sur le quai. À chaque arrivée, je me retourne avant de sortir de la gare. Je cherche une silhouette dans la foule, un manteau, une façon de tenir un sac. Je ne sais pas ce que je ferais si je te voyais. Je ne sais pas ce que tu ferais non plus.

Est-ce que tu voyages encore seul, parfois, comme moi ? Pars-tu le cœur léger pour le lui rapporter plus léger encore ? Ou pars-tu respirer ailleurs, pour lui revenir calme, serein ? Pars-tu pour quitter ta vie le temps d’un aller-retour ? Ou avec l’envie de rentrer avant même d’être parti ?

J’imagine parfois que tu penses à moi dans un train. Que tu regardes par la fenêtre et qu’un paysage te ramène, une seconde, à quelque chose de nous. Puis le train avance. Le paysage change. Et tu rentres chez toi.
Moi, je descends à la prochaine. Je traverse le hall. Je ne me retourne pas. Enfin, si. Un peu.

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