Retrouvailles dans un hall de gare

Je ne l’ai pas vu tout de suite.

C’est mon prénom, lancé derrière moi par une voix encore installée dans ma mémoire, qui m’a arrêtée net.
Je me retourne, et il est là.

Même posture, même façon de me regarder comme si rien n’avait vraiment bougé, sauf nous.
Le hall de gare devient plus petit d’un coup, comme si tout ce bruit, ces annonces, ces départs n’étaient là que pour nous ramener au même endroit, encore une fois.
— C’est bien toi ?

Il sourit comme on sourit quand on n’est pas sûr d’avoir le droit. Je ne sais plus quoi répondre, alors je hoche la tête. Il avance d’un pas, juste assez pour que je sente qu’il hésite. Je fais pareil.

Deux maladresses qui se retrouvent après trop de détours. On marche côte à côte vers le même quai, sans se demander pourquoi. Il a toujours su lire mes silences avant mes phrases.

— Tu vas où ?
— Là où tu vas, apparemment.
Il rit, moi aussi.
C’est étrange comme certaines choses ne vieillissent pas.

Sur le quai, le train entre en gare, bruyant, impatient, et pourtant on ne monte pas.

On reste plantés devant le portillon, comme deux voyageurs qui comprennent que ce qui compte, ce n’est pas le train, mais cette minute-là.
Alors on parle.

De ce qu’on est devenus, de ce qu’on n’a pas dit, de ce qu’on croyait avoir oublié.
Il me dit qu’il m’a cherchée parfois. Je lui dis que j’ai fait semblant de ne plus y penser.

Nos mains ne se touchent pas, mais tout le reste si. Il est temps de rejoindre les retardataires et nous avançons vers le train. Je le suis quelques pas plus loin, volontairement derrière lui, pour ne pas brusquer ce qui revient.

Avant de monter, il se tourne :
— On ne va pas attendre un autre hasard, si ?
— Non. La prochaine fois, on choisira.
Il sourit.
Je garde cette image pour plus tard. Lui repart avec mes mots. Moi avec son regard.

Et entre nous, ce train qui nous emmène au même endroit, mais peut-être pas pour les mêmes raisons.

Publications similaires

  • De gare en gare

    De train en train, toutes les gares se ressemblent. Tu n’es dans aucune. Je t’ai connu si voyageur qu’à chaque voyage je pense te croiser. Mais je ne connais plus ta vie et le hasard n’est pas en ma faveur. Avant, tu étais partout. C’était presque une certitude de te deviner quelque part, dans un…

  • La porte ouverte

    Ma porte t’est ouverte. Pas à défaut d’autre chose, pas faute de mieux. C’est ce que je peux t’offrir aujourd’hui, et je te l’offre entier. J’ai cru perdre un ami, j’ai retrouvé un homme un peu perdu. Il m’a semblé voir s’éteindre une lumière dans tes yeux. Celle qui m’a tant de fois donné envie…

  • Je voudrais entendre ta voix

    Comme une halte dans ma journée, un entre-deux, juste quelques minutes.Pas pour te demander quoi que ce soit, juste pour t’entendre.Parce que ta voix remettrait de l’ordre dans ce qui s’agite. Parce que ton assurance, ta manière de croire en moi, me rappelleraient pourquoi je fais les choses.Je voudrais t’écouter parler, et puis t’écouter te…

  • Chambre 32

    Prendre un train pour toi.Pas pour la ville, pas pour l’hôtel, pas pour le reste.Juste pour toi.Autant d’heures de trajet que de minutes volées, et qu’importe. Tu es déjà là quand j’arrive.La pluie m’accueille en rafale, retourne mon parapluie, trempe mes cheveux, brouille ma vue.Je presse le pas comme si chaque goutte me volait un…

Laisser un commentaire