La même seconde

Être dans les bras d’un homme et penser à toi.
Je me déteste pendant cette seconde, juste avant que cela ne disparaisse.
J’ai presque oublié ton visage mais pas ce que je ressentais en le regardant. Mon corps n’a plus la mémoire du tien mais il sait encore qu’il suffisait de ton souffle pour l’emporter.
Un homme me regarde comme je te regardais, avec ce désir qui ne se dit pas à voix haute. Je le comprends, mais je ne le ressens pas. Rien ne m’atteint vraiment depuis toi, à part un intérêt poli pour l’attention qu’on me porte.

Le temps est plus agréable à passer en sa compagnie que dans celle de ton souvenir.
Je ne refuse pas sa main, et je me repose dans le calme de sa voix. Je refais les gestes. Je m’applique. J’essaye d’y croire.
Puisque rien n’approchera ce que nous avons été, ce sera différent. Plus facile, plus calme. En ne donnant qu’une partie de moi, celle que tu as laissée, un peu félée mais suffisante pour lui. Il sait que l’autre part est à toi, la part d’absolu. Celle qui le restera, même si tu n’es plus là.
Ce que je lui donne est assez. Ce qu’il est ne suffira pas à t’égaler, mais peut-être à réparer.

Et si, parfois, tu vis la même seconde que moi, entre nostalgie et envie, alors un mot suffira.

Publications similaires

  • La blessure

    Au fond, c’est toujours la même blessure qui menace de se réveiller. Un écho ancien dont on croit être sortie, jusqu’à ce qu’un détail, un geste, un mot ramène ce que le temps n’a pas totalement effacé. La trahison a cette façon de se répéter à l’infini. Je revois encore ce matin-là, la pluie battant…

  • L’appartement

    Je suis passée devant l’immeuble où tu ne vis plus. Je me suis assise dans le square que l’on voit depuis le balcon, là-haut, où tu posais une chaise au soleil du matin. J’ai vu une femme passer la porte du hall.Je ne l’ai pas suivie pour voir ton nom sur la boîte aux lettres….

  • À la première note

    Il y a des chansons que je ne peux plus approcher. Je les contourne comme on contourne une rue trop étroite, trop empreinte de ce qui n’existe plus, où l’on sait qu’un seul pas pourrait suffire à tout faire basculer. Et pourtant, parfois, dans un café, dans une voiture, ou au milieu d’une boutique innocente……

  • Saint Valentin

    Souviens-toi du 14 février. Un joli jour pour se rencontrer. Il faisait un soleil presque insolent pour un jour d’hiver. On essayait de ne pas prêter attention aux cœurs accrochés aux vitrines, aux bouquets que certains serraient contre eux comme des preuves à rapporter. On marchait comme si ce jour n’avait rien de particulier. Comme…

Laisser un commentaire