La même seconde

Être dans les bras d’un homme et penser à toi.
Je me déteste pendant cette seconde, juste avant que cela ne disparaisse.
J’ai presque oublié ton visage mais pas ce que je ressentais en le regardant. Mon corps n’a plus la mémoire du tien mais il sait encore qu’il suffisait de ton souffle pour l’emporter.
Un homme me regarde comme je te regardais, avec ce désir qui ne se dit pas à voix haute. Je le comprends, mais je ne le ressens pas. Rien ne m’atteint vraiment depuis toi, à part un intérêt poli pour l’attention qu’on me porte.

Le temps est plus agréable à passer en sa compagnie que dans celle de ton souvenir.
Je ne refuse pas sa main, et je me repose dans le calme de sa voix. Je refais les gestes. Je m’applique. J’essaye d’y croire.
Puisque rien n’approchera ce que nous avons été, ce sera différent. Plus facile, plus calme. En ne donnant qu’une partie de moi, celle que tu as laissée, un peu félée mais suffisante pour lui. Il sait que l’autre part est à toi, la part d’absolu. Celle qui le restera, même si tu n’es plus là.
Ce que je lui donne est assez. Ce qu’il est ne suffira pas à t’égaler, mais peut-être à réparer.

Et si, parfois, tu vis la même seconde que moi, entre nostalgie et envie, alors un mot suffira.

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