Je n’écris pas sur lui

Je n’écris pas sur lui.
Celui qui m’apaise ne réclame pas de phrases. Celui qui me comble ne cherche pas à être nommé. Celui qui m’aime vraiment n’a pas besoin d’être écrit.

Mes mots viennent d’un autre endroit : des phrases restées coincées dans la gorge, des gestes trop tardifs, des histoires qui se sont arrêtées avant d’avoir commencé. Pas toujours les miennes, celles qui ressemblent aux vôtres, je crois.

J’écris dans ces silences où le monde se met à distance et me laisse seule avec ce qui n’a pas trouvé sa place ailleurs.

Je n’écris pas sur celui qui éclaire mes journées, qui me fait rire sans y penser, qui me tient debout sans le savoir.

J’écris le manque parce qu’il insiste, l’absence parce qu’elle parle encore. J’écris les échecs parce qu’ils demandent à être compris, pas les réussites: elles n’ont pas besoin de moi.

Alors non, je ne raconte pas ma vie. J’en écris l’envers, le négatif, la nuit qui permet au jour d’exister. Pour que d’autres s’y retrouvent.

Et si vous avez l’impression que je parle d’amour en creux, c’est peut-être parce que, quand j’écris, je parle surtout de vous. Et parce que je n’écris jamais sur l’amour que je vis, mais pour que quelqu’un, quelque part, s’y reconnaisse.

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