Fermé de l’intérieur
Désormais, t’écrire, c’est frapper à une porte fermée à clé.
Je ne frappe plus fort. Les mots font contre le bois un bruit mat, qui ne traverse pas. J’attends un peu sur le seuil, je pose la lettre, je repars. À force, je connais cette porte mieux que ton visage.
Tu es de l’autre côté. Je le sais au silence : ce n’est pas celui d’une pièce vide.
Tes promesses sont devenues ta prison. Tu les as tenues, toutes. Elles te tiennent mieux encore.
Tu avais gardé un sourire d’enfant. Une douceur qui ne se méfiait de rien, un rire qui arrivait avant toi. Je ne savais pas qu’un homme pouvait traverser les années sans rendre son innocence.
Avec ce sourire-là, tu osais tout. Tu partais sans savoir où, tu disais oui avant la fin des questions. Tu n’avais peur de rien, sauf de toi-même.
C’est cet homme-là qui est enfermé. Celui qui tient la clé, je ne le connais pas.
Tu n’es pas seul derrière cette porte. Tes promesses, quelqu’un les garde.
Elle n’a pas besoin de clé. Elle se tient entre toi et le seuil, et quand tu fais un pas, elle dit ton prénom. Mes lettres, c’est elle qui les ramasse. Elle me lit à ta place.
On peut fuir sans quitter la pièce. Un tour de clé suffit, et l’on se croit à l’abri de tout le reste.
Moi, je suis dehors. C’est là que tout arrive. C’est là que tu me trouveras.