Fermé de l’intérieur

Désormais, t’écrire, c’est frapper à une porte fermée à clé.

Je ne frappe plus fort. Les mots font contre le bois un bruit mat, qui ne traverse pas. J’attends un peu sur le seuil, je pose la lettre, je repars. À force, je connais cette porte mieux que ton visage.
Tu es de l’autre côté. Je le sais au silence : ce n’est pas celui d’une pièce vide.

Tes promesses sont devenues ta prison. Tu les as tenues, toutes. Elles te tiennent mieux encore.

Tu avais gardé un sourire d’enfant. Une douceur qui ne se méfiait de rien, un rire qui arrivait avant toi. Je ne savais pas qu’un homme pouvait traverser les années sans rendre son innocence.
Avec ce sourire-là, tu osais tout. Tu partais sans savoir où, tu disais oui avant la fin des questions. Tu n’avais peur de rien, sauf de toi-même.

C’est cet homme-là qui est enfermé. Celui qui tient la clé, je ne le connais pas.
Tu n’es pas seul derrière cette porte. Tes promesses, quelqu’un les garde.

Elle n’a pas besoin de clé. Elle se tient entre toi et le seuil, et quand tu fais un pas, elle dit ton prénom. Mes lettres, c’est elle qui les ramasse. Elle me lit à ta place.

On peut fuir sans quitter la pièce. Un tour de clé suffit, et l’on se croit à l’abri de tout le reste.

Moi, je suis dehors. C’est là que tout arrive. C’est là que tu me trouveras.

Publications similaires

  • Ces mots-là

    Tu les lis, je crois. Ou alors j’aime penser que tu les lis. Ces mots d’avant. Le matin peut-être, avant que la journée prenne toute la place. Ou le soir, ton téléphone posé sur la table de nuit, repris une fois, encore une fois. Dans quel silence tu te retrouves, à cette heure-là. Si quelqu’un…

  • Tu me connais

    Il n’y a que toi qui saches qui je suis. Tu ne sais plus rien de mes jours, ni de mes matins, ni des gens qui les traversent, et pourtant tu me connais encore. Tu me lis là où les autres ne déchiffrent rien, là où je ne sais pas me lire moi-même. Peut-être depuis…

  • À la première note

    Il y a des chansons que je ne peux plus approcher. Je les contourne comme on contourne une rue trop étroite, trop empreinte de ce qui n’existe plus, où l’on sait qu’un seul pas pourrait suffire à tout faire basculer. Et pourtant, parfois, dans un café, dans une voiture, ou au milieu d’une boutique innocente……

  • Le mouvement

    Je pourrais imaginer ce qui s’est passé dans ta tête depuis que tu as refermé la porte. Je ne le ferai pas.Les semaines ont passé, le silence est revenu, et j’ai reconnu ce mouvement que je connais par cœur. Refuser d’abord. Quelques jours à ne pas voir ce qui était déjà là. En vouloir, ensuite….

  • De gare en gare

    De train en train, toutes les gares se ressemblent. Tu n’es dans aucune. Je t’ai connu si voyageur qu’à chaque voyage je pense te croiser. Mais je ne connais plus ta vie et le hasard n’est pas en ma faveur. Avant, tu étais partout. C’était presque une certitude de te deviner quelque part, dans un…