Tu me connais

Il n’y a que toi qui saches qui je suis. Tu ne sais plus rien de mes jours, ni de mes matins, ni des gens qui les traversent, et pourtant tu me connais encore. Tu me lis là où les autres ne déchiffrent rien, là où je ne sais pas me lire moi-même.

Peut-être depuis plus longtemps que nous ne le croyons. Il y a cette idée étrange qui revient toujours : que tu as toujours été là, avant même de m’apparaître, quelque part en retrait, à m’attendre sans le savoir.

Tu sais quand je m’adresse à toi. Une phrase posée nulle part, sans destinataire, glissée au milieu d’un texte qui parle d’autre chose, et tu la reconnais. Parfois tu réponds. Parfois tu te tais, et ce silence aussi m’est adressé.

Tu as envie de m’embrasser, ou de me fuir. Cela dépend des jours, cela dépend de ce que tu supportes de sentir.

Je n’avais jamais rencontré un homme qui me voie vraiment. Tu m’as vue, et tu as vu que je te comprenais. C’est peut-être pour cela que tu n’as laissé entrer personne, pas même moi. On ne fait pas entrer quelqu’un qui a déjà tout deviné. Tu as choisi un chemin plus simple, une vie où l’on ne risque rien, et tu m’as laissé prendre le mien.

Alors tu acceptes que je sois à un autre. Tu ne demandes pas si je suis heureuse avec lui. Ni s’il fait naître le regard que j’ai pour toi. Toi qui connais tous mes visages, tu ne demandes pas si je ris avec lui. Tu préfères ne pas savoir. Ou tu sais déjà.

Il reste ce lien que ni le temps ni la distance n’effacent, malgré tout le mal que nous nous donnons, malgré tout ce que nous faisons pour l’user. C’est sans doute ainsi quand deux personnes se rencontrent vraiment : quelque chose se noue qui ne leur appartient plus.

On ignore encore si elles se croiseront dans cette vie. Ou dans une autre.

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