Je ne t’ai pas tout dit

J’avais tout imaginé de ce nouveau moment avec toi. Tout, sauf moi. Sauf ce que je ne dirais pas.

J’avais imaginé l’alchimie disparue, se sentir l’un à l’autre étranger, et la gêne de ne plus se connaitre ou juste se souvenir. J’avais imaginé de la colère enfouie et des excuses tardives, de la froideur et des maladresses.
Mais tu es entré dans la pièce, comme si tu l’avais quittée la veille, et tout s’est envolé. Je t’ai regardé, puis je t’ai écouté rassembler les pièces de ta vie d’aujourd’hui.

Plus tu cherchais à expliquer comment, dans ton silence, tu m’avais gardé une place, plus je me défendais de t’en avoir gardé une. Aucun de nous n’était dupe.
Ta présence l’a emporté sur le reste, sur les mois de silence, sur les appréhensions.
Alors est arrivé le moment où nos corps aussi avaient des choses à se dire. J’avais imaginé ne plus reconnaitre ton parfum ou ne plus te sentir vaciller sous mes mains. Là aussi j’avais tort. Il est des émotions dont la peau se souvient.

Tout ce que j’avais cru perdu était là. Et moi, je n’ai pas su te dire ce que j’aurais dû.

Je n’ai pas raconté les voyages, les rencontres, tout ce que j’ai fait pour t’oublier. Je ne t’ai pas dit le plaisir simple de te voir, celui plus trouble de sentir que rien ne change de ce que j’éprouve en ta présence. Je ne t’ai pas dit, tout simplement, combien tu m’as manqué.
Je ne t’ai pas dit que je n’arrive pas à me résigner à vivre moins fort qu’avec toi.

Ce sont des mots qu’on garde pour la dernière fois, par peur de regretter de les avoir tus. J’ai préféré croire que nous nous reverrons.
N’ai-je donc rien appris des amis qui partent trop tôt, des cimetières et des absences ? J’ai préféré me faire un souvenir, même s’il devait être le dernier.

Ce qui a changé, ce sont nos vies. Ce qui est resté, c’est ce fil rouge qu’on tisse et qu’on tord sans jamais réussir à le briser.

Tu es parti, j’ai pensé que je parlerais mieux la prochaine fois et dans la même minute j’ai su que je ne te reverrais pas.
Les mots sont restés là.

Publications similaires

  • Ces mots-là

    Tu les lis, je crois. Ou alors j’aime penser que tu les lis. Ces mots d’avant. Le matin peut-être, avant que la journée prenne toute la place. Ou le soir, ton téléphone posé sur la table de nuit, repris une fois, encore une fois. Dans quel silence tu te retrouves, à cette heure-là. Si quelqu’un…

  • La même seconde

    Être dans les bras d’un homme et penser à toi. Je me déteste pendant cette seconde, juste avant que cela ne disparaisse. J’ai presque oublié ton visage mais pas ce que je ressentais en le regardant. Mon corps n’a plus la mémoire du tien mais il sait encore qu’il suffisait de ton souffle pour l’emporter….

  • Avignon – 07h41

    Le train de 07h41. En hiver, j’arrive avant l’aube. En été, je quitte la lumière avant qu’elle ne soit trop forte. Entre les deux, 2h40 qui m’appartiennent vraiment, avant que la vie des autres ne me rattrape. Je commande un café au bar, pas tant pour le café que pour traverser les wagons. Je guette…

  • Je n’écris pas sur lui

    Je n’écris pas sur lui.Celui qui m’apaise ne réclame pas de phrases. Celui qui me comble ne cherche pas à être nommé. Celui qui m’aime vraiment n’a pas besoin d’être écrit. Mes mots viennent d’un autre endroit : des phrases restées coincées dans la gorge, des gestes trop tardifs, des histoires qui se sont arrêtées…

Laisser un commentaire