Cette lettre peut surprendre. Ou peut-être pas.
Il y a des noms qui reviennent sans prévenir, comme des braises qu’on croyait éteintes et qui réchauffent encore les doigts.
Je me demande parfois si tu t’en souviens. Pas des détails, qui mentent avec le temps, mais de cette certitude étrange qui nous portait alors. Nous étions sûrs de nous, sûrs du nous, comme seuls savent l’être ceux qui n’ont pas encore appris à perdre.
Nous étions sûrs, de cette évidence qu’on n’interroge pas encore, comme seuls savent l’être ceux qui n’ont pas appris à perdre.
À l’époque, tout semblait simple. Nos vies promettaient des fêtes sans fin, des danses évidentes, des lendemains sans ombre.
On ne savait pas que les jolis accords sont rares, et qu’on les reconnaît souvent trop tard.
Le temps est passé par là. Il a posé ses mains sur nos visages, calmé les orages, déplacé nos envies.
Je ne sais rien de ta vie aujourd’hui, ni de ceux qui t’entourent.
Et ce n’est pas de la curiosité, juste le besoin de savoir si nous parlons encore de la même histoire.
S’il fallait se revoir, je ne voudrais rien reprendre. Seulement vérifier que ce que j’ai gardé n’est pas une invention.
On dit que l’âge est un long voyage, un quai, des bagages allégés, et l’on choisit enfin ce qui compte. Dans les miens, il y a peu de choses. Mais il y a toi, non pas tel que tu es devenu, mais tel que nous avons été.
Certaines blessures nous aident, rappellent que quelque chose a vraiment existé.
Et parfois, le soir, je me surprends à me demander, sans regret mais avec un doute : avons-nous bien vécu la même histoire ?