Au creux de mon poignet

Ton parfum sur un présentoir, alors que je cherchais autre chose.
Reconnaître la bouteille avant même le nom, sa forme dans la lumière des néons.
Hésiter à peine, puis prendre le flacon.

Je le fais avant chaque départ, dans chaque aéroport : m’arrêter une seconde, respirer, reposer, avancer vers la porte d’embarquement.
Une seconde volée entre deux annonces, un geste que personne ne remarque.
Mais cette fois j’ai vaporisé un court instant au creux de mon poignet.

Et tout l’aéroport a changé de couleur.

Puis marcher, s’asseoir, attendre l’appel du vol.
À chaque fois que ma main se lève vers mon visage, qu’elle soulève une mèche de cheveux : être surprise par l’effluve.
Tu es dans le siège près du hublot, dans le café tiède, dans le livre que je ne lis pas.

L’odeur devient de plus en plus légère au fur et à mesure des heures.
Elle se retire comme la mer, sans prévenir, sans rien emporter d’autre que ce qu’elle avait apporté.
Je n’ai rien à faire pour la retenir. Rien à faire non plus pour l’empêcher de partir.

Sentir ta présence si fort, et ne plus te chercher.
C’est peut-être cela que j’ai appris : les choses ne durent pas, et ce n’est pas une perte, c’est leur façon d’être belles.
Tu n’es ni dans le passé ni dans l’attente. Tu es là, maintenant, à la surface de ma peau.

Tu es au creux de mon poignet.

Demain il n’en restera rien, pas même sur le tissu de ma manche.
Et c’est très bien ainsi.

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