Chronique de l’été – 4 La maison

Les volets restent tirés jusqu’au soir. La maison garde le frais, ça sent la pierre et le linge sec.

Il est venu un jeudi. Il ne connaît rien ici. Il n’a rien offert, rien soufflé, il ne reconnaît aucun objet.
Il demande où sont les verres. Il ouvre le mauvais placard, puis le bon. Il ne fait pas semblant de savoir.

Tout est exactement là où c’était. Les deux objets que tu m’avais offerts, j’en ai gardé un, l’autre a disparu sans que je décide rien. Il passe devant sans le voir. C’est un objet, maintenant.

Dans le tiroir du bas, il y a des photographies que je n’ouvre pas. Il ne demande pas ce qu’il y a dans les tiroirs.
J’ai ajouté des années, des fleurs qui tiennent trois jours, des livres qui débordent de partout. Il regarde tout ça comme on regarde quelqu’un, sans rien commenter.

Il occupe la pièce sans effort, les épaules larges dans l’encadrement, la nuque brune, une odeur de sel et de savon. Dans le couloir étroit, il pose la main sur ma hanche pour passer derrière moi. Il la laisse le temps de passer, pas plus.

Le soir, j’ouvre. L’air entre d’un coup, plus frais que la pierre. Les martinets crient très haut au-dessus de la cour.

Il n’est pas celui qui manque. Mais il ne demande pas à qui je pense.


Prochain épisode – Lundi 10 Août à 16h

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