Chronique de l’été – 3 La terrasse

Il y a cette terrasse, à l’abri, entre deux rues.

J’y vais. Pas pour toi. Pour l’ombre, le bruit des verres, l’idée de rester assise quelque part sans rien attendre.

Le serveur me connaît. Il ne demande pas si j’attends quelqu’un. Il essuie la table, pose un verre, repart. La chaise en face reste vide et ne veut rien dire.

Les glaçons fondent vite. Le verre laisse un rond sur le bois, puis un deuxième, un peu à côté. La lumière descend le long du mur d’en face, centimètre par centimètre.

Autour, des gens se retrouvent, s’embrassent, repartent. Une femme rit trop fort à la table d’à côté. Un homme lui prend la main sans y penser, comme on prend un objet familier.

Un homme demande si la chaise est prise. Je dis non. Je crois qu’il va l’emporter.
Il s’assoit.

Grand, la chemise ouverte d’un bouton, les manches roulées haut. Il pose l’avant-bras sur la table, tout près du rond humide, et ne le retire pas.

Je ne le remets pas tout de suite. On se connaît, mais pas vraiment. On s’est croisés, des amis communs. Il m’a reconnue, il s’explique. Je m’entends répondre, et ça me surprend plus que lui.
Il ne demande pas ce que je fais là, seule, à cette heure.

Il a des mains longues, des ongles courts, une façon de tenir son verre à pleine paume. Il rit une fois, pas trop fort.
Le rond sur le bois a séché.

On se lève en même temps sans que ce soit convenu. En passant derrière moi, il pose la main entre mes omoplates, une seconde, pour me laisser sortir la première.

On s’attarde sur le trottoir. Il prend mon numéro. Il ne dit pas quand il appellera.

Je rentre par l’autre rue, celle qui rallonge. La chaleur est encore dans les murs.


Prochain épisode – Vendredi 7 Août à 10h

Publications similaires

  • Je te lis

    Je ne te répondrai pas. Pas maintenant. Peut-être jamais, je ne sais pas encore. Je te lis, c’est tout ce que je peux faire. Relire encore tes mots d’avant qui parlaient de nous, et ceux d’aujourd’hui où je me cherche sans toujours me trouver. J’ai quelques photos. Tu as dû changer. Tu vis encore un…

  • Tu ne lis pas

    C’est étrange : tous ces gens me lisent, et pas toi. Tu as été le personnage principal de mes phrases, tu hantes encore les marges, mais tu n’ouvres plus mes livres. Les femmes de ta vie parcourent peut-être ces pages sans savoir qu’elles parlent d’un passé. Tes proches t’en rapportent des bribes. Mais toi, tu…

  • Chambre 32

    Prendre un train pour toi.Pas pour la ville, pas pour l’hôtel, pas pour le reste.Juste pour toi.Autant d’heures de trajet que de minutes volées, et qu’importe. Tu es déjà là quand j’arrive.La pluie m’accueille en rafale, retourne mon parapluie, trempe mes cheveux, brouille ma vue.Je presse le pas comme si chaque goutte me volait un…

  • L’intimité

    D’abord il y a les mots. Cette façon de s’écrire, d’aller à l’important, sans les banalités. Presque pas de « bonjour », pas de « comment ça va ? ». Nous nous connaissons assez pour ça. Les années ont passé depuis que nous nous sommes rencontrés, mal aimés, jamais perdus de vue, jamais vraiment retrouvés….

  • Villa Borghese

    Je suis partie voir les places, les églises, la lumière du soir sur les façades. Je suis partie revoir la Villa Borghese. Pleurer sur une tombe invisible. C’est là que tout a commencé. La fin d’une partie de ma vie, qui n’a jamais voulu laisser place à la suivante. Je me souviens du lieu exact….

Laisser un commentaire