Chronique de l’été – 1 Le coup de fil

Il est tôt. Une de ces heures silencieuses, juste avant que la journée ne commence.

Personne n’appelle à cette heure-là.

C’était l’heure, pourtant. Celle où tu appelais, autrefois, parce que tu savais que je serais debout et que personne d’autre ne le serait. On parlait bas sans raison. On avait toute la maison pour nous et on chuchotait quand même.

Le téléphone est posé sur la table, écran contre le bois. Je le retourne. L’heure, la date, une alerte météo, rien. Je le remets face contre le bois, comme on repose un objet qu’on n’aurait pas dû prendre.

Dehors, la chaleur monte déjà. Ça sent le tilleul chez le voisin, et une fumée un peu plus loin. Un camion passe dans la rue basse, s’éloigne. Le silence revient, plus épais.

Je fais le café. Une tasse. Le geste s’est simplifié tout seul, à un moment que je n’ai pas remarqué.
Je m’assois. J’écoute la maison, les tuyaux, la glissière d’un volet quelque part.

Le corps a de la mémoire. Il attend encore aux mauvaises heures.
Je bois pendant que c’est chaud. Que fais-tu au même moment?

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