Je n’ai pas de place
Si tu n’as pas trouvé ta place, c’est que je n’ai pas su te la donner.
Il y a déjà ceux que j’aime et qui m’aiment, et tout ce à quoi je tiens. Je ne peux pas effacer ce qui me constitue. Je pouvais seulement t’ajouter à la liste, et tu valais mieux qu’une ligne de plus.
Pardonne-moi d’y avoir cru. D’avoir essayé, vraiment, de te faire un espace entre deux trains, deux villes, deux vies. De t’avoir laissé croire que cet espace grandirait.
Tu as aimé mon monde. J’ai pris de la place dans le tien. L’inverse est moins vrai, et ce n’est pas ta faute.
Je suis toujours en train de partir. Vers quelqu’un d’autre que toi, vers autre chose que nous. Tu as appris à reconnaître le moment où je m’absente sans bouger, où mes yeux passent derrière toi. Tu n’as jamais demandé où j’allais.
Le temps me manque aujourd’hui pour faire tout ce que je veux faire et t’aimer avec la même faim de vivre. Il faudrait choisir. Je ne choisis pas, et ne pas choisir, c’est déjà t’avoir répondu.
Là où je veux aller, tu ne pourras pas m’accompagner. Ce n’est pas que tu en serais incapable. C’est que ce chemin-là, je ne sais le faire que seule.
Tu mérites d’être la première pensée de quelqu’un le matin, et la dernière le soir. De quelqu’un qui trouve toujours le temps, qui ne regarde pas l’heure au milieu d’une phrase. De quelqu’un dont les fantômes tiennent dans une boîte, en haut d’une armoire, et n’en descendent pas.
Les miens n’en finissent pas de mourir. Une partie de moi les garde vivants, les nourrit, leur parle encore certains soirs. Je sais ce que cela coûte. Je le paie sans discuter.
Ce n’est pas ma vie qui était trop pleine. C’est que la place que tu cherchais n’était pas libre. Elle était seulement vide.