Je n’ai pas de place

Si tu n’as pas trouvé ta place, c’est que je n’ai pas su te la donner.

Il y a déjà ceux que j’aime et qui m’aiment, et tout ce à quoi je tiens. Je ne peux pas effacer ce qui me constitue. Je pouvais seulement t’ajouter à la liste, et tu valais mieux qu’une ligne de plus.

Pardonne-moi d’y avoir cru. D’avoir essayé, vraiment, de te faire un espace entre deux trains, deux villes, deux vies. De t’avoir laissé croire que cet espace grandirait.

Tu as aimé mon monde. J’ai pris de la place dans le tien. L’inverse est moins vrai, et ce n’est pas ta faute.

Je suis toujours en train de partir. Vers quelqu’un d’autre que toi, vers autre chose que nous. Tu as appris à reconnaître le moment où je m’absente sans bouger, où mes yeux passent derrière toi. Tu n’as jamais demandé où j’allais.

Le temps me manque aujourd’hui pour faire tout ce que je veux faire et t’aimer avec la même faim de vivre. Il faudrait choisir. Je ne choisis pas, et ne pas choisir, c’est déjà t’avoir répondu.

Là où je veux aller, tu ne pourras pas m’accompagner. Ce n’est pas que tu en serais incapable. C’est que ce chemin-là, je ne sais le faire que seule.

Tu mérites d’être la première pensée de quelqu’un le matin, et la dernière le soir. De quelqu’un qui trouve toujours le temps, qui ne regarde pas l’heure au milieu d’une phrase. De quelqu’un dont les fantômes tiennent dans une boîte, en haut d’une armoire, et n’en descendent pas.

Les miens n’en finissent pas de mourir. Une partie de moi les garde vivants, les nourrit, leur parle encore certains soirs. Je sais ce que cela coûte. Je le paie sans discuter.

Ce n’est pas ma vie qui était trop pleine. C’est que la place que tu cherchais n’était pas libre. Elle était seulement vide.

Publications similaires

  • Je te lis

    Je ne te répondrai pas. Pas maintenant. Peut-être jamais, je ne sais pas encore. Je te lis, c’est tout ce que je peux faire. Relire encore tes mots d’avant qui parlaient de nous, et ceux d’aujourd’hui où je me cherche sans toujours me trouver. J’ai quelques photos. Tu as dû changer. Tu vis encore un…

  • Endormie sur le banc

    Je me suis réveillée tôt, dans le silence de mon bout du monde. Ici, la porte de la maison reste ouverte. On n’y frappe pas par hasard. Il faut vouloir prendre ce chemin pour me trouver. Ce matin, je n’attends personne. Je sors m’allonger sur le banc en pierre. J’écoute le vent dans les arbres….

  • Merci

    Merci pour ce que nous avons été. Merci pour ton regard. Chargé d’admiration, de connivence. Tu m’as vue plus douce que je ne me crois et je t’ai vu sûrement plus beau que tu n’es. Tu répondais à ce que je n’osais pas demander, tu m’as autorisé à tout vivre avec toi.Merci pour le vertige….

  • Je voudrais entendre ta voix

    Comme une halte dans ma journée, un entre-deux, juste quelques minutes.Pas pour te demander quoi que ce soit, juste pour t’entendre.Parce que ta voix remettrait de l’ordre dans ce qui s’agite. Parce que ton assurance, ta manière de croire en moi, me rappelleraient pourquoi je fais les choses.Je voudrais t’écouter parler, et puis t’écouter te…

Laisser un commentaire