Quelqu’un arrive
Quelqu’un arrive, et la vie change de vitesse.
Soudain je ne veux plus freiner. Je suis plus curieuse de la route devant que de celle laissée derrière moi, qui n’en finissait pas de revenir dans le rétroviseur.
Rappelle-toi. Tu disais que j’avais le pied sur le frein autant que sur l’accélérateur.
J’ai lâché le frein. Tant pis si ça va trop vite.
Je n’ai plus le temps d’avoir peur. J’ai juste celui, peut-être, de me tromper.
Ce qui me retenait n’avait rien de prudent. C’était toi, encore. Ta place vide, que je gardais comme on garde une chambre en laissant la porte entrouverte. Personne d’autre ne pouvait y entrer, et moi je n’en sortais pas.
On ne sait jamais vraiment ce qu’on cherche. On le reconnaît en le trouvant.
Pour la première fois depuis longtemps, j’ai moins envie de compter les années sans toi que de savoir ce que contiennent les prochaines.
Tant d’hommes ne savaient que faire de ma force. Certains la fuyaient. Toi seul osais me faire face.
Et puis un jour, un guerrier fatigué s’est assis devant moi. Il n’a rien voulu conquérir. Il a attendu. L’armure est tombée d’elle-même, à force de tendresse.
Pour la première fois, j’ai autant de beau devant moi que dans mes souvenirs avec toi.
Je peux te laisser partir.