Une seule histoire
J’ai cru que j’avais fini de parler de toi. Que tout était dit, raconté, rangé. J’ai cru que la vie m’inspirerait d’autres histoires.
J’ai vécu d’autres étés. Je vis encore aussi fort que je t’ai vu vivre. Tu restes ce que la vie m’a inspiré de plus fou, une histoire que je n’en finis pas de réinventer, de prolonger, de réécrire.
Je pose là tous les mots que je n’ai pas su te dire. Je rattrape nos gestes qui perdaient l’équilibre. Tu ne liras sans doute jamais ces lignes. Elles ne te sont pas destinées. Elles te sont seulement adressées.
D’autres me lisent à ta place, les aiment, s’y retrouvent. Toujours la même question : est ce que je raconte ou est-ce que j’invente ? Un peu des deux.
J’invente des retrouvailles. Je raconte nos rires.
Tu m’as nourrie d’une force qu’on ne pourra pas m’enlever. Pas même toi, disparu. Même quand ton absence me blesse encore, même quand je sais que le manque, lui, restera. De mes blessures, j’ai fait un abri. Dehors, une brume épaisse.
Dedans, j’entretiens un souvenir comme on laisse une lampe allumée à la fenêtre. Elle n’attend personne. Elle éclaire seulement la pièce où je vis, où je ris encore. Cette vie où tu n’es pas, mais où tu as laissé ta trace, et dont je goûte chaque jour le plaisir. Parce que c’est toi qui m’en as donné le gout.
D’une façon ou d’une autre, je parlerai toujours de toi. Même quand j’écrirai sur autre chose.