Chronique de l’été – 5 Le Matin

Avant, je me levais dans la nuit et une main me ramenait. Je crois que c’était une façon de dire reste. Je ne l’ai compris qu’après. Et au petit matin tes angoisses revenaient, et je te regardais partir.

Cette nuit, je la garde pour moi.

Il dort sur le ventre, un bras en travers du lit, la place prise sans qu’il ait rien demandé. Le drap a gardé la forme de son dos.

Je traverse la pièce sans faire attention au bruit. Le carrelage est froid, il ne le sera plus dans deux heures.

Il se lève après moi. Il ne me cherche pas. Il vient, ce n’est pas la même chose.
Il demande où sont les tasses. Je le lui dis. Il ouvre, il sert, il pose la tasse devant moi. Sa paume est encore chaude du lit quand elle passe sur mon épaule.

On s’assoit dehors avant que ça chauffe. La lumière arrive par-dessus le mur, lentement, elle prend d’abord le bas du figuier.
Les volets du voisin s’ouvrent. Il tousse, il arrose. On ne se dit rien, on se fait un signe.

C’est un matin sans urgence. Cette fois, il y a quelqu’un pour le dire avec moi.

Il ne se souvient de rien. Il apprend.

Je garde ce matin-là entier.

Prochain épisode – Jeudi 14 Août à 16h

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