D’autres quais
Tu fouilles mes phrases comme on fouille des poches. Tu y cherches un prénom, une date, un aveu. Tu n’y trouves que de l’encre.
Tu crois que je rôde, que j’attends à la lisière, prête à reprendre ce qui fut. Mais je ne suis pas à ta porte. Je n’y suis jamais venue.
Ce que tu redoutes n’a pas mon visage. Il a celui de tes nuits sans sommeil, de ses silences que tu ne sais pas lire, de cette part de lui qui n’appartient à personne. Pas même à moi.
Tes flèches passent à côté. Non que je sois plus forte. Seulement, je n’habite plus là où elles tombent.
Ma vie est ailleurs. Elle a d’autres matins, d’autres voix, d’autres quais. Elle ne tourne pas autour de vous. Elle ne regarde pas dans votre direction.
Les mots que l’on jette sur une absente ne l’atteignent pas. Ils restent là où on les a lancés.
Il demeure entre lui et moi quelque chose que tu ne comprendras pas. Ni un regret, ni une promesse. Pas une place que je garderais au chaud. Une amitié qui ne demande rien, ne prend rien, ne menace rien.
Pourquoi faire de moi une ennemie ? Tu as préféré faire de lui le bras armé d’une guerre que tu es seule à vouloir.
Moi, j’avance. Je ne guette ni message, ni retour.
Toi, tu regardes en arrière. Tu cherches chaque jour la preuve d’une faute ancienne. Ce n’est pas moi qui la porte.