J’ai reçu ta lettre.

J’ai reçu ta lettre. Pardonne-moi d’avoir mis tant de temps à te répondre. Il m’a fallu celui de la lire.

Avant de l’ouvrir, je t’ai imaginé. Toi autant que tes mots.
J’ai eu peur. Je sais tes mots aussi tranchants que caressants. J’ai attendu d’être prête. Prête à ce qu’elle me blesse, peut-être.

En la lisant, je t’ai imaginé l’écrire, au petit matin. À cette heure où les idées noires te trouvent, avant que tu les chasses, à ta manière, avant d’entrer dans ta journée et de devenir le soleil que tu es pour les autres.

C’était l’heure où nous aimions nous parler, dans cette obscurité, avant qu’elle ne se dissipe. Tes mots y sont lourds, toi si léger une fois le jour levé.
Cette fois, ce n’était pas un dialogue. Seulement tes mots.

Entre nous, désormais, il y a des règles que nous n’avons jamais écrites. Des silences où je n’ai pas le droit de te parler.
Alors je t’écris. Pour me taire.

Ta lettre ne m’a pas blessée. Pas là où je l’attendais.
Je t’écris à l’heure où tu m’as écrit, dans la même obscurité.
Voilà ce qui nous reste du dialogue : la même heure, pas le même jour.

Cette lettre ne partira pas et tu ne la liras pas. Elle t’aura répondu quand même.
Le jour va se lever. Tu vas redevenir le soleil des autres.
Moi, je garde l’heure d’avant.

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