Encore un peu
Je trouve une douceur coupable à ne pas t’oublier, toi qui ne m’as pas choisie, sans doute pas aimée.
Parce qu’en te parlant sans que tu l’entendes, plutôt que de me laisser bercer par d’autres mots, je suis heureuse quelques minutes.
Parce que quelque part, tu ris encore, et que ce rire me tient chaud.
Parce que revivre nos heures me donne l’illusion de retenir le temps.
Parce qu’une part de moi vit autant dans le souvenir que dans l’attente, même impossible, et que je ne l’avoue pas : les miens m’en voudraient de perdre ainsi mon temps. Qui comprendrait ? Toi, peut-être.
Parce que de si loin, tu mets dans mes yeux une lumière que ceux qui m’aiment voient sans la comprendre, et qu’on me prête alors un air d’amoureuse.
Parce qu’assise ici, je te revois assis là, en face de moi, et que ton visage, quelques secondes, me rend le sourire.
Parce que ce sourire, un autre le croit pour lui.
Je m’accorde encore un peu ce luxe. T’oublier serait plus simple. Pour les autres.